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Dossier de Presse

Les textes et photos ci-dessous peuvent être repris en tout ou en partie par la presse.

-- Abderraouf Hajji, 10 juin 2007.

Saïd Hajji ou la symphonie inachevée

Retracer en quelques lignes les temps forts d'une vie intensément vécue sur le triple plan politique, culturel et journalistique, à l'instar de celle de Saïd Hajji relève de la gageure, mais le devoir de mémoire nous incite à rappeler les qualités d'un homme surpris par la mort à l'âge de 30 ans, non sans avoir laissé un héritage culturel appelé à durer ad vitam aeternam. Ses écrits qui remontent à 70 ans étant encore d'une brûlante actualité, il a été jugé nécessaire de les reprendre en version française pour les faire imprimer sous le titre "Saïd Hajji - Naissance de la presse nationale marocaine".

Saïd est l'un des fondateurs du Mouvement National. Il a pris une part active dans le mouvement de protestation contre le dahir du 16 mai 1930, plus connu sous le nom de "dahir berbère". Pendant son séjour en Orient, il faisait parvenir aux organes de presse des articles dénonçant la politique coloniale de la France au Maroc.

Il a créé "le Comité d'Action Marocaine au Proche Orient" à l'image de l'Association des Etudiants Musulmans d'Afrique du Nord à Paris.

En 1933, il a fait partie à 21 ans d'un Comité restreint chargé de la réalisation du "Cahier des Doléances", puis d'un Comité de suivi, avec comme objectif la revendication des libertés publiques et individuelles.

De retour au Maroc, il a repris ses activités au sein du Comité d'Action Nationale, puis, en 1937, au Parti National qui allait donner naissance en 1944 au Parti de l'Istiqlal.

En 1937, Saïd a fondé à l'âge de 24 ans le journal "Almaghrib" doublé d'un supplément culturel, puis d'une revue littéraire qui constituent autant de documents de référence de la production littéraire et artistique de l'époque.

Le 2 Mars 1942, Saïd disparaissait laissant derrière lui une symphonie , hélas! inachevée.

Saïd Hajji - Un grand patriote se rappelle à notre souvenir

Une nouvelle publication sur la genèse de la presse nationale d'expression arabe au Maroc vient d'être éditée en langue française et se trouve depuis peu rangée aux étalages des principales librairies. Il s'agit d'un ouvrage de plus de 700 pages, entièrement focalisé sur le parcours biographique de l'un des dirigeants de la branche de Salé du Mouvement National, ainsi que sur l'oeuvre accomplie par ce patriote de la première heure, considéré par ses pairs comme l'un des acteurs les plus dynamiques de la vie politique au plan national et l'un des plus fervents défenseurs des libertés publiques au Maroc.

Saïd Hajji (1912-1942) a eu le mérite de poser la première pierre qui a servi de fondement à l'édification de la société civile. Le pays lui doit d'avoir pris l'initiative de revendiquer le droit d'association en tant que liberté publique fondamentale. Il était pleinement conscient que seul ce droit pouvait ouvrir de larges perspectives en permettant à chaque organisme de diversifier ses domaines d'intervention. Il était convaincu que seul ce droit pouvait aider à la création de groupements d'intérêts économiques, sociaux et culturels susceptibles de contribuer à l'émancipation de la société marocaine, de lui insuffler l'esprit d'entreprise et de stimuler son ardeur au travail.

Le livre ne se contente pas de restituer les grandes lignes du parcours biographique de cette figure emblêmatique du Mouvement National. Il présente, en outre, un choix de ses écrits littéraires et journalistiques ainsi que des informations inédites sur la lutte qu'il a menée pour atteindre ses objectifs.

L'intérêt de proposer au lecteur une telle publication réside dans le fait qu'elle jette un éclairage objectif sur ce que la jeunesse marocaine d'alors considérait comme une étape décisive dans l'harmonisation des rapports franco-marocains. Il met en valeur le palier d'objectifs que le Mouvement National s'était fixé pour instaurer entre les deux communautés, française et autochtone, un climat d'entente et de coopération devant aboutir à la reconnaissance des droits fondamentaux des nationaux à une vie de liberté et de dignité.

Le lecteur averti se rendra vite compte que ce nouvel ouvrage constitue une réplique à la très abondante littérature consacrée à cette période par les théoriciens du protectorat. Ne serait-ce qu'à ce niveau, il lui reconnaîtra un intérêt historique indéniable. De plus, il permettra au lecteur de l'espace francophone d'avoir accès à des textes initialement rédigés en langue arabe et de se familiariser avec un mode de conception de la vie politique et de présentation des évènements différent de ce qu'il a pu apprendre jusque-là à partir de la littérature coloniale.

Par ailleurs, la plupart des textes publiés dans le nouvel ouvrage peuvent être repris de nos jours sur les colonnes de la presse nationale, car ils abordent des problèmes sociaux qui n'ont évolué que peu ou prou depuis 70 ans, et demeurent ainsi d'une brûlante actualité. Il s'agit de thèmes qui reviennent comme un leit motiv: sauvegarde de l'héritage culturel, réforme de l'enseignement traditionnel, lutte contre l'ignorance et le charlatanisme, mobilisation des énergies et des ressources humaines. Il est temps d'éradiquer ces fléaux pour assurer enfin au pays les conditions optimales de progrès et de développement économique et social.

En dernier lieu, le regard porté par la jeunesse des années trente sur les problèmes à caractère religieux, l'invitait à ne pas faire d'amalgame entre les domaines respectifs du temporel et du spirituel. Il est à constater, comme l'a fait observer un lecteur du site dédié à la mémoire du disparu, que "comparée à la situation actuelle, la société marocaine semblait être beaucoup plus progressiste et libérale à l'époque" ... et que "l'oeuvre courageuse de si Saïd rappellera au monde que nous n'étions pas toujours dans une situation aussi lamentable et désespérée..."

Saïd Hajji ou le combat pour une presse nationale libre

L'ouvrage qui vient d'être publié en version française sur la genèse de la presse nationale d'expression arabe au Maroc, retrace la vie et l'oeuvre de l'un des principaux dirigeants de la branche de Salé du Mouvement National , dont le nom reste encore gravé dans la mémoire collective: Saïd Hajji (1912-1942). Il n'est certes pas conçu selon le schéma classique de la méthodologie historique, mais il n'en constitue pas moins un document de travail permettant de se faire une idée aussi précise que possible des aléas de la vie politique que le Maroc a connus au cours de la période charnière des années trente.

Saïd s'est engagé dès l'âge de 15 ans dans le militantisme actif en essayant d'organiser la société civile avec la création en 1927 de l'association Alwidad qui lui a servi de tremplin pour propager ses idées par l'intermédiaire de journaux manuscrits qu'l faisait recopier en plusieurs exemplaires afin d'en assurer une diffusion adéquate à Rabat, Fès et autres grandes villes où l'idée patriotique gagnait des couches de plus en plus larges de la population.

Le présent article n'a pas la prétention de reprendre en détail les principales étapes de la carrière politique et journalistique de Saïd Hajji - le lecteur est renvoyé pour cela à l'ouvrage qui lui est dédié - il se limite à certains aspects des réformes qu'il prônait et qui s'articulaient autour des thèmes suivants:

  1. promouvoir l'émancipation de la femme marocaine
  2. réveiller la jeunesse de son état d'inconscience et de léthargie
  3. Réviser les méthodes d'enseignement dans le but d'accorder aux cours d'arabe l'importance requise par l'enseignement d'une langue nationale
  4. Accorder la priorité aux questions sociales qui nécessitent la mise en oeuvre d'un train de réformes au niveau de tous les rouages sociaux.
  5. Mettre en pratique les réformes économiques consignées dans le Cahier des Revendications

L'émancipation de la femme marocaine était considérée comme l'une des préoccupations les plus sérieuses de la modernité à laquelle Saïd Hajji aspirait. Il a cherché à interroger le contexte social dans le but de provoquer un courant réformateur de nature à mettre un terme à l'héritage d'une tradition ancrée dana la dévotion collective et la soumission au modus vivendi patriarcal. Pour lui, l'idée de l'éducation de la femme marocaine devait mûrir dans les esprits afin de nous permettre de rattraper tout ou partie du temps perdu.

Que dire de la jeunesse marocaine que l'auteur accusait de vivoter en marge de la vie moderne? Cette jeunesse qui a pourtant poursuivi ses études dans les écoles publiques, a mal compris son rôle et n'a nullement rempli la mission qui lui incombait dans la vie sociale. Elle se nourrissait de paresse et se contentait de son lamentable niveau de médiocrité. Jeunesse insouciante, incapable du bien comme du mal, elle n'aspirait à aucune grandeur et était loin de penser à son prestige et, encore moins, à celui de la nation, qui fondait sur elle ses plus grands espoirs.

En matière d'enseignement, Saïd Hajji a critiqué la part belle accordée aux matières dispensées en langue française au détriment des cours professés en langue arabe. Il préconisait l'adoption d'une réforme de l'ensemble des programmes, quitte à faire appel à des enseignants de l'orient arabe pour tirer profit de leurs connaissances des techniques pédagogiques modernes. Les examens de fin d'année devraient être distingués des compositions trimestrielles et établis selon un calendrier ne varietur et porté à la connaissance des candidats dans des délais raisonnables. S'agissant de la Karaouiyine, il était temps d'y encourager la spécialisation par l'introduction des thèses de doctorat et l'adoption d'un système d'orientation destiné à faciliter les travaux de recherche.

En ce qui concerne les questions sociales, Saïd insistait sur l'urgence de mettre en oeuvre les principes d'une réforme sociale susceptible de contribuer au changement du cours de notre existence. Il mettait l'accent sur la nécessité de veiller à leur stricle application tant au niveau de la conduite individuelle qu'à celui du comportement collectif. Il estimait qu'il appartenait aux générations montantes de contribuer à la mise en oeuvre de cette réforme en se comportant en hommes responsables et conscients de leur devoir à la fois vis-à-vis d'eux-mêmes et de la nation qui compte sur la jeunesse pour retrouver le prestige de son glorieux passé.

Sur le plan économique, la crise que traversait le pays a provoqué une rupture d'équilibre entre la production et la consommation. Un fossé énorme s'est creusé entre l'état des besoins vitaux dont les nationaux souhaitaient la réalisation et leurs possibilités d'adaptation à la société de consommation qui les incitait à participer à la création de nouveaux besoins. Qu'il s'agisse du paysan, de l'ouvrier, de l'artisan manuel ou du petit commerçant, ils étaient tous condamnés à vivre au-dessus de leurs moyens et ont ainsi vu se multiplier les possibilités de dépenses à un moment où les moyens de leurs subsistances se réduisaient à la portion congrue.

Tels sont, grossièrement brossés, les thèmes que l'auteur a développés dans la partie de ses écrits journalistiques consacrée aux problèmes de la jeunesse, aux questions économiques et sociales et aux méthodes de l'enseignement. Il appartient désormais au lecteur d'aller à la découverte des autres thèmes qui jalonnent cette vaste fresque journalistique et qui sont les uns et les autres autant de sujets de recherche et de matières à réflexion. Il se rendra compte que ses écrits se présentent tantôt comme des plaidoieries, tantôt comme des réquisitoires, ce qui a fait dire à Robert Rézette, dans son livre sur "les partis politiques marocains":

"Saïd Hajji fut le meilleur polémiste de talent que connut le Maroc".

Citations des écrits de Saïd Hajji

9 juin 1938

Nous ne sommes rien d'autre que des esclaves de tradions, férus d'histoires anecdotiques et portés par un courant à vau-l'eau où la liberté individuelle et collective est totalement absente. Nous nous interdisons toute critique, voire toute forme de pensée, quelle qu'elle soit... Nous devons (pourtant) apprendre que la critique est un facteur important dans la recherche de la vérité, autant qu'un stimulant pour l'approfondissement des connaissances.

Extraits d'un discours prononcé dans un rassemblement patriotique en 1936

La liberté se confond avec l'être dans le droit qu'il possède par nature d'agir sans subir de contraintes extérieures. Elle englobe aussi bien l'individu que le corps social auquel il appartient et contribue à l'épanouissement des groupements et des associations.

Comme le Maroc est privé de toutes sortes de libertés, privées et publiques, civiles et politiques, ses affaires se traîtent à son insu, dans un climat éhonté de suspicions et de malversations, pendant que les hommes intègres végètent en marge de la société et n'arrivent pas à trouver une orientation valable pour exercer une quelconque activité. De nos jours, le Maroc est le seul pays qui soit soumis à un arsenal de lois injustes, édictées de mauvaise foi, et reste attaché à des traditions désuètes, remontant loin dans la nuit des temps.

[...]

Il est indéniable que la liberté politique prime toutes les autres libertés. Elle est à l'origine du sentiment que l'on a à défendre ses revendications et à accomplir ses devoirs en citoyen honnête, jouissant d'une totale sérénité d'esprit. La liberté politique est le fondement de la vie moderne. Elle oriente la nation vers les sentiers du succès et dévoile aux individus les secrets de l'organisation de la société et de l'esprit de solidarité qui s'instaure entre ses membres. Elle barre la route au despotisme, rétablit les victimes de l'injustice dans leurs droits, allège les souffrances des pauvres gens et protège de l'arbitraire qui impose son pouvoir au milieu social dès lors qu'il se trouve privé de liberté, l'empêche de jouir de ses droits et lui extorque sa part de cet air pur sans lequel il ne peut en aucune manière accéder au niveau de développement et de progrès auquel il aspire.

[...]

Notre première revendication est d'obtenir l'accord des Autorités concernées de créer une presse marocaine qui soit le porte-parole de l'opinion publique de ce pays. La presse que nous revendiquons aujourd'hui et qui verra le jour quels que soient les sacrifices que nous serons appelés à consentir pour cela et quels que soient les obstacles que l'on dresse sur notre chemin pour nous empêcher d'atteindre notre objectif, est de nos jours le moyen unique dont dispose notre nation pour se tailler sa place au soleil, assurer son existence et veiller à ce qu'elle mène une vie de dignité. Ce n'est que par le biais de la presse que notre nation pourra faire le premier pas vers la suppression du rideau qui lui cache la lumière.

Si une autorité quelconque décide de combattre cet instrument efficace entre tous, nous ferons tout pour réduire cette politique d'asservissement à néant. Nous lui montrerons, preuves à l'appui, que nous sommes un peuple digne de vivre, que nous n'acceptons de vivre que dans la liberté et qu'il ne nous est pas possible désormais de laisser notre pays végéter dans cet air empoisonné. Nous ferons en sorte de dénoncer, dans le respect de la légalité, toutes ces misères qui sont imposées au peuple jusqu'à ce qu'il soit libéré de l'emprise de l'injustice et de l'arbitraire.

Nous devons nous préparer pour le jour décisif où nous serons appelés à prendre notre liberté de nos propres mains, car il est possible d'admettre qu'une réforme ou un type d'organisation se donne, mais la liberté, elle, ne se donne pas, elle se prend.

Fragment d'un texte inédit daté de 1937.

La nation dénonce les excès de pouvoir dont l'objectif est d'aboutir à une usurpation pure et simple de ses droits les plus sacrés. Il est temps que cessent les pratiques des saisies arbitraires et des avertissements sans fondement. Il est temps de donner compétence de juridiction pour toutes les affaires concernant la presse à des tribunaux qui connaissent la mission dont elle est investie et l'apprécient à sa juste valeur.

Le journaliste marocain n'est pas cet individu qui commet des crimes relevant des tribunaux militaires. Sa mission n'est autre que de se mettre au service de la nation et des pouvoirs publics en employant toutes les ressources de son intellect à trouver une plateforme d'entente franche et loyale entre gouvernants et gouvernés.


Last modified: $Date: 2007/07/10 23:25:22 $
Raouf Hajji.